24 janvier 2006

Réflexions...

" C'est à soi-même que chacun prétend le moins ressembler. Chacun se propose un patron, puis l'imite; même si il ne choisit pas le patron qu'il imite; il accepte un patron tout choisi. Il y a pourtant, je le crois, d'autres choses à lire, dans l'homme. On n'ose pas. On n'ose pas tourner la page. - Lois de l'imitation; je les appelle: lois de la peur. On a peur de se trouver seul; et l'on ne se trouve pas du tout. [...] Ce que l'on sent en soi de différent, c'est précisément ce que l'on posséde de rare, ce qui fait à chacun sa valeur - et c'est là que l'on tâche de supprimer. On imite. Et l'on prétend aimer la vie! "

" Des milles formes de la vie chacun ne peut connaître qu'une. Envier le bonheur d'autrui, c'est folie; on ne saurait pas s'en servir. Le bonheur ne se veut pas tout fait, mais sur mesure. "

L'immoraliste, André Gide

Quelle vérité dans ces lignes! Qui osera dire après que Gide, c'est dépassé?

Hier, en cours, nous avons justement travaillé sur Les faux-monnayeurs. Ou plutôt, nous en avons vaguement évoqué les grandes lignes. Joie, de mon côté, évidemment, de travailler sur ce livre que j'ai tant apprécié. Et puis soudain, le professeur, charmant à tous points de vue, nous déclare qu'aujourd'hui, les oeuvres de Gide stagnent dans ce qu'en littérature on appelle le purgatoire, endroit où demeurent les oeuvres à moitié oubliées, en attente d'un devenir plus brillant ou d'une chute définitive dans l'enfer littéraire ou le non-lieu. Tout cela, paraît-il, parce qu'aujourd'hui André Gide ne "nous parle plus", que sa pensée est dépassée... Ah? Moi, je ne m'en étais pas rendue compte. Cet écrivain est un des rares écrivains du début du XXème siècle à me parler, justement. Mais peut-être suis-je en retard par rapport à la pensée actuelle, moderne, ce qui est propable.

Je ne vis pas vraiment avec mon temps. Quand tout le monde se rue sur les romans de Michel Houellebecq et de Werber, j'ai encore le nez plongé dans le théâtre de Musset ou, pire, celui de Molière. Non pas que je critique nos auteurs contemporains; d'ailleurs je n'ai lu ni Houellebecq ni Werber, aussi je n'émet pas de jugement. Simplement, je n'accroche pas à ce qui se fait en ce moment. Je demeure "fan" des grands classiques. Enfin, tout cela pour dire, à la base, que je regrette ce jugement parfois porté sur certains auteurs disparus, qui sont considérés comme n'étant plus "à la mode". Aujourd'hui on ne retient plus beaucoup de choses de Gide (du moins dans mon entourage) et je ne connais personne qui lise ses oeuvres pour le plaisir. Ou alors, il y a ceux, comme F., qui prise cet écrivain pour son engagement lié à son homosexualité. Certes, on ne peut le lire en ignorant cela, mais n'est-ce pas extrêmement réducteur de réduire un personnage à ses préférences sexuelles? Encore une fois, c'est devenu "la mode" de caractériser les gens par leur appartenance à une classe, que ce soit sociale, sexuelle ou autre. Et on nous dit ensuite que nous sommes dans l'ère de la tolérance... Mais quelle tolérance, dites-moi! ...

Mais la mode, pour y revenir, encore une fois, c'est une question de goût. Si j'écoute ma mère et même J., je ne suis pas habillée "à la mode", mais pour moi la mode, ça n'a pas de sens. Je suis habillée de façon à me sentir bien et mes vêtements reflètent une partie de ce que je suis... Mes lectures, de même. Je suis fatiguée des remarques classiques du genre "tu ne vis pas avec ton temps, tu as des goûts de vieux, ce n'est plus d'actualité...". Alors ce que je ne dis pas à ceux qui me fatiguent avec leurs jugements sans appel, je le dis là: je suis moi et je ne vous juge pas en fonction de ce que vous semblez être, vous. J'aimerais bien que vous m'acceptiez telle que je suis sans passer votre temps à essayer de me changer... Si elle me plaisait, ma différence?

Posté par Ymel à 14:04 - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur Réflexions...

    Si elle me plaisait, ma différence?

    Alors vous aurez raison de la cultiver... "sortir du cadre" (c'est une amie artiste qui emploie cette expression), ce n'est pas confortable, mais l'est-ce plus de se "conformer"... ?

    Posté par Tristana, 24 janvier 2006 à 16:25 | | Répondre
  • Trouver un equilibre entre le respect de soi et la mode n'est pas toujours facile. C'est une question d'intégration, d'appartenance à un groupe, je crois.

    Sans doute beaucoup de gens préfèrent lire Nothomb ou Werber ou Houellebecq parce que cela les relie au monde. Ils auront leur mot à dire. Ou ils trouveront ceux d'un critique. Mais dans tous les cas cela les relie. La peur de la solitude est à mon avis le principal moteur dans tout cela. Moi je suis comme vous...plutôt du côté de la poussière. Enfin...je ne cherche pas à y être. Je suis mes errances. Mais du coup, mes plaisirs de lectures...je les garde pour moi. C'est parfois un peu triste.

    Posté par argilerouge, 24 janvier 2006 à 17:24 | | Répondre
  • Tristana: Je pense également que si on posséde une différence, ou même simplement si l'on se sent différent, il faut cultiver cela. Cependant, de nos jours et dans notre société, ne trouvez-vous pas que tout est fait pour étouffer les différences et en faire une tare?

    Argile rouge: Comme je n'appartiens à aucun groupe et que je suis plutôt solitaire, non pas par choix mais par la force des choses, cela pourrait être plus facile. Mais, en vérité, je trouve que c'est encore plus difficile quand on est seul de trouver le juste milieu.
    Quant à mes lectures, j'ai renoncé depuis longtemps à les partager, et c'est bien dommage. Mais, dans mon entourage familial, personne n'aime véritablement la littérature, du moins pas celle que j'affectionne. En même temps, voyons le bon côté des choses: personne ne peut nous contredire lorsqu'on en parle ou critiquer quelque chose que nous aimons, s'ils ne l'ont pas lu! lol

    Posté par Ninielor, 26 janvier 2006 à 16:10 | | Répondre
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